Rentrée

À chaque fin août début septembre on dit ça. Ah ça sent l'école. Les premiers jours dans une nouvelle classe. Les retailles d'aiguisoires. Les vieux dictionnaires. Les nouveaux cahiers.

J'ai fait 7 écoles différentes au primaire. Dans 3 villes. À chaque rentrée scolaire je voulais mourir. J'avais mal au ventre. J'avais peur. J'étais une total reject. Comme un téléphone arabe secret, mon surnom se rendait toujours à l'autre école: La moppe. J'étais grande et mince, avec une crinière à faire peur.

Je me retrouvais souvent adossée sur un mur dans la cour, avec six sept ti culs qui me criaent après et qui me tiraient les cheveux. Quand j'arrivais à la maison pour diner, ma mère était encore couchée, un nuage de cognac flottant au dessus d'elle. Et après les classes, elle était souvent déjà partie travailler. Ou sur le party.

Pourtant j'aimais ça l'école. J'aimais apprendre. Ça allait jamais assez vite à mon goût. Je lisais tous mes livres bien avant la fin de l'année. J'ai toujours eu d'excellentes notes, sauf pour les travaux à faire ou finir à la maison.

Rendue au secondaire, je me suis fait des amis. Hash, mescaline, thc, acide, coke, vin, bière, vodka. Et tout m'a semblé tellement plus facile. J'avais même des amis. Genre.

Ma fille commence le secondaire II cette semaine. Sa deuxième année au programme enrichi d'un collège privé. Elle joue du piano, de la guitare et du violoncelle, par choix, parce qu'elle aime la musique.  Elle a reçu des prix pour ses notes l'an passé. Elle étudie des heures à chaque soir, sans que je le lui demande, parce qu'elle aime ça.

Elle n'a pas beaucoup d'amies, mais elle est bien comme ça. Elle n'a pas eu de chum encore. Je vérifie quand même ses contacts MSN avec elle. Elle n'a pas de g-string, pas de linge sexy. Elle trouve ça loser. Je n'ai jamais eu à la punir de quoique ce soit, jamais eu à la discipliner.

Je ne comprend pas. Et je comprend. Je me vois tellement en elle. Je ne sais pas ou j'en serais aujourd'hui, avoir eu un peu d'encadrement, d'encouragement. Peut-être pas plus loin. Mais quand je dois payer la facture de frais de scolarité, je le fais avec plaisir.

Et je la regarde aller, et je la trouve tellement belle. Tellement intelligente. Elle peut devenir ce qu'elle veut. Elle a toutes les chances de son côté.

L’été, l’été, l’été c’est fait pour jouer

Ce sera un été chaud et humide qu’ils disent. Moi je l’savais. J’aimerais que ce soit un été qui sent bon aussi. Les concombres du jardin, coupés, salés, poivrés, sur la table. La crème solaire. La sueur. Le steak sur le charcoal. L’haleine de Mr Freeze des enfants. Le chlore de la piscine. L’eau du lac. Les frites sur la route de campagne. Le popcorn au ciné-parc. La barbe à papa à la Ronde. Le Kool Aid à l’orange. La crème glacée molle à la crèmerie. La bière froide sur le patio. La sangria sur la terrasse. Le joint sur Ste-Cath au festival de Jazz.

Plus de parfums du passé simple.

Des odeurs faiseuses de souvenirs.

Des mélodies aussi, comme seule l’été peut en donner. Les enfants, leurs amis et nous, dans la piscine. Les moteurs de bateaux. Les insectes dans leur forêt d’herbes hautes. Les voisins qui jasent doucement sur la galerie à deux heures du matin. L’écho du Grand Prix sur les rives du St-Laurent. La guitare au bord du feu. Les rires du party dans la maison d’en face. Les roues de mon vélo sur les cailloux du sentier.

Plus de ce chant lancinant, déchirant qui m’assourdi.

Des airs nouveaux. Soundtrack pour une série sans fin. Sans prequel, sans sequel. Real time.

Ma découverte ce soir: Shooter Jennings. Mais j’arrive pas à mettre le code pour le player pour le moment… suivez le lien si ça vous chante!

Shooter Jennings: Sweet Savanah (c’est pas un vieux porn des années 80 ça?)

Jour de paye

Je gosse sur le laptop de L. WPA PSK TKIP MAC key blablablaaaaa, j’t'écoeurée. Mon minuscule réseau (PC filé - routeur - laptop) marche à moitié pis ça me tente plus. Son internet marche, il a accès à mes fichiers partagés. Bon, c’est au moins ça. Mais de mon pc j’accède pas aux siens. Anyway…

La semaine est longue, interminable, le bureau me fait chier de plus en plus. Faut dire que ça fait deux ans et demi que je suis là. C’est pas mal mon max. Trois au plus. Habituellement un autre employeur vient me chercher, pour une plus grosse job, plus gros salaire. Alors quelque chose devrait arriver d’ici six mois. Là ou ailleurs, il est temps que ça bouge.

Au moins j’ai du fun. J’ai traité l’anglaise de grosse, en la regardant manger son troisième Krispy Kreme. Était fachée. L’autre anglaise (de nom en tout cas, parce que anglais ou français, quand elle parle on comprend rien Pierre=Piaille Commande=Camanne Mercredi=Mécrédzi Frère=Freille) regardait la boîte depuis un bout. Elle s’est levé et s’est mise à marcher vers elle, comme hypnotisée. Elle a commencé à l’ouvrir, et je lui ai dit: “Qu’est-ce que tu fais? T’as pas vraiment envie de manger ça? Tu vas filer mal, tu vas avoir des brûlements d’estomac…” Elle m’a regardé toute triste. “Ouan finalement…” Et elle est retournée à sa chaise. Qui sait, je lui ai peut-être sauvé la vie?

Le contrôleur cherchait mon boss, à 16h15. Je lui ai dit: “Y est pas là. Y est parti ça fait déjà un bout.” Il a fait une drôle de face… J’aurais pu lui dire qu’il travaille environs 3 heures par jour anyway, mais je la garde pour une autre fois.

J’ai mis un transporteur en attente après l’avoir écouté me raconter pourquoi il n’avait pas livré son voyage à l’heure.

-Mon chauffeur s’est blessé dans le dos, pis là il a fallu que j’en appelle un autre et blablablaaaa.
-Attend moi donc une minute.
Muzac, 30 secondes… Je reprend la ligne
-Bon, s’cuze, j’essayais de m’en crisser plus, mais ça pas marché. Il est où ton truck?

Qu’on se comprenne. Je ne traite pas tous les transporteurs comme ça. Lui, c’était mérité. Il a simplement utilisé la mauvais menterie au mauvais moment. Parce que je savais qu’il n’avait pas ramassé le voyage. Alors comment pouvait-il l’avoir dans sa cour? La première erreur a été de me sous estimer. Crétin. Ça fait dix ans que je suis dans le transport. C’est un petit monde. Si tu ne me connais pas, demande à tes collègues ou ton boss. Ils vont t’expliquer.

Demain c’est la paye. Je pense que je vais acheter des bonbons aux grosses. Sont ben fines quand même.

La banlieue

Je regarde par la fenêtre, je vois mon fils jouer au hockey dans la rue avec ses chums. Tout le monde ici: Belle rue, grosses cabanes, 2 chars, un chien et/ou un chat, des REER… Une piscine, un BBQ, un beau deck en bois traité… Ouan pis?

Qu’est-ce que ça a de mal? Pourquoi le mépris des supposés intellos, qui nous voient comme des merdes, des moutons, des gens sans importance et sans apport à la société?

Quand je vois un Falardeau rire de la banlieue, avec ses arguments méprisants, je me dis que dans le fond, c’est lui le colonisé. C’est pas moi. Parce que je travaille, je dépense, je m’offre une vie matériellement confortable, je suis inutile? Parce que je magasine sur le boulevard Taschereau je nuis au développement de la créativité collective?

Que tu vives dans un 2 1/2 sur le Plateau, à 900$ par mois, à faire semblant d’être cool et important, je m’en sacre. Que tu porte un jugement sur mon existence, parce qu’elle ne répond pas à ta définition du bonheur et de ce que devrait être le québécois libre aujourd’hui, ça me fait un peu chier. Mais pas assez pour me faire oublier que finallement, autant que mon voisin d’en face, t’aime ça quand ta blonde te met un doigt dans le cul.

Dimanche

Lavage, ménage, TLMP. Ça manque un peu de sel tout ça.

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