July4
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L. ne lit plus depuis janvier. Je lui avais écrit, suite à un de ses emails, que je ne pouvais l’empêcher de le faire, et que je n’avais pas l’intention de déménager mon blog mais que je me sentais comme s’il fouillait dans ma tête. Comme si je n’étais plus jamais seule. Sans le lui reprocher, bien entendu. Comment pourrais-je le blâmer de revenir ici, là où son univers s’est écroulé une journée de décembre? Ici où tout ce que je n’arrivais plus à communiquer s’est échoué. Ici où notre vie à été mise en jeu plus d’une fois. Pourtant, il n’est jamais revenu. Dans son email il me disait qu’a chaque fois qu’il arrivait sur mon blog il avait peur. Mais que cette fois là, un jour vers la fin de janvier, il avait trouvé la lecture agréable. Qu’il se retrouvait dans certains de mes textes, certaines de mes idées. Mais je n’ai pu m’empêcher de lui dire. Que ses yeux me suivaient partout. Sans méchanceté. Il n’a pas répondu. Ne m’a plus écrit. On s’embrasse toujours quand j’arrive du bureau, il fait le souper, on mange en famille. On parle. On rit. Il sait que j’écris. Il ne lit plus.
B. n’est venu qu’une fois. C’est tout ce que je voulais. On en a même jamais parlé. Le texte que j’avais écrit pour lui était tout ce que j’avais à lui dire. Pourtant je sais qu’il a tout lu ce que j’avais publié jusqu’à ce jour de novembre, lorsqu’il est venu cueuillir sa lettre. Il écrivait lui aussi avant. Sur du papier imprimé. Peut-être que ces souvenirs lui font mal. Qu’il ne peut dealer avec son bloc, qu’il déguise en excuse d’être trop investi dans la réalité pour pouvoir s’éclabousser de fiction.
C. veut écrire maintenant. Elle sait tout de moi. C’est ma meilleure amie, même si pour elle, je suis sa deuxième. J’aime plutôt me dire que #1 est comme sa soeur. Ça me remonte l’estime un peu tsé… Et ressent ce besoin, comme moi il y a un an, de tout dire, écrire, crier. Beurrer ses joues de mascara en tapant sur son clavier assez fort pour effacer ses tourments. Alors je lui ai montré mon blog. Lui ai ouvert le sien. Mis une belle template. Et je lui ai dit “Saute ma belle”.
Assises dans le salon chez elle, au 906, je lui ai lu des mes textes, à sa demande. D’entendre mes mots… Les choisir… En rire… Ou d’avoir la gorge serrée… J’avais le trac. J’avais des toubillons de honte et de plaisir dans la tête. J’ai réalisé, vraiment, que tout ça est vrai. Des pages et des pages qui existent, qui résonnent encore. Des endroits où j’aimerais retourner, d’autres que je suis heureuse d’avoir laissé là où ils vivent tranquillement, sans trop déranger.
Des fois des gens viennent ici pour la première fois. Et sautent à pieds joints dans mon univers. Passent deux, trois, quatre heures à fouiller les archives. Et je me demande, est-ce qu’elle pleure? Est-ce qu’il rit? Est-ce quelqu’un de bilingue? Et des fois je me met à capoter. Hey, c’est ma vie ici, qu’est-ce que t’as à fouiller partout comme ça? Et bon, finalement je me raisonne. J’allume. C’est pas dans ma tête que ça se passe. C’est vrai. J’ai tellement enfoui cette réalité-ci profondemment, que je mélange tout.
F. aimerait bien qu’on se rencontre. Des amitiés virtuelles, ça ne peut durer me dit-il. Ça ne peut prendre de la valeur. De partager une bière et d’entendre le rire d’une personne qui ne faisait que LOL à ses blagues, ça cimente le tout dans la réalité. Je suis d’accord. Mais j’ai peur. Une peur tout à fait stupide et pas du tout originale. J’ai vécu dans ma tête toutes ces soirées devant mon écran. Dans quelle mesure est-ce que je veux que cette partie de moi rejoigne ma réalité. Ma vrai vie? Pourtant, je sais quelle valeur j’accorde à cette amitié. Est-ce irrationel de croire qu’elle pourrait survivre sans la chair? Et d’autres aussi que j’aimerais bien toucher, entendre, sentir. J. et C. et B. et D. et P. (et M. et S. et V. aussi qui ne comprendront rien à mon texte malheureusement). Des filles, des gars, qui ont touché ma vie tellement fort que je ne serai plus jamais celle qui était. À qui je dois des becs et des caresses et des cartes quétaines dans le temps des fêtes. Des gens merveilleux que je n’aurais jamais laissé approcher de si près “dans la vraie vie”.
Mais mon blog fait maintenant partie de ma vraie vie. Je l’ai compris au 906 vendredi soir. Je ne suis pas toute ici. Mais je laissais trop peu d’ici entrer en moi. J’ai une date en tête. Sur le fil de départ, je tenterai de rétablir l’équilibre.
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