Dans le déchiqueteur

April 7, 2008 
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S’t'un peu heavy ces jours-çi. Les gens partent, après 15, 18, 20, 32 ans de service. Certains en pleurs. Et on est assises et on regarde les notes de service passer. Les remerciés s’éclipser, regardand le sol, rasant les murs, des questions affaissant leurs épaules. Et moi qui pour la première fois n’a pas de plan B. Pas de filet. Je n’essaie pas de convaincre personne que je fais plus pitié qu’une autre. Et je ne doute que vaguement, et très sporadiquement de mes capacités. Mon nom, mes compétences sont reconnus dans mon domaine.  Et j’ai déjà senti la soupe chaude. Ce n’est pas pareil cette fois.

C’est comme un petit deuil à chaque départ, chaque annonce. C’est de voir ces gens vivre le drame live, right before our eyes.

C’est le silence des dirigeants.

C’est une compagnie cotée en bourse qui est toujours très rentable. Qui curieusement a vu son titre baisser au même moment où elle annonce ses intentions de récupérer des actions qui étaient auparavant disponible sur le marché publique.

C’est la mort de mon innoncence, ma foi en une compagnie qui me semblait relativement humaine.

C’est mes morts, mes fantômes qui frappent à ma porte. La porte de mon appart que je ne veux pas perdre. C’est peut-être l’orgueil qui m’enflamme. Mais l’idée de ne pouvoir subvenir aux besoins de mes enfants par moi-même me trouble profondemment. Bien sûr que tout est possible. Bien sûr que je vais m’en sortir peu importe ce qui arrive.

C’est juste un peu plus gros qu’un simple réaligment professionnel.

J’arrête pas de penser à eux, qui sont partis. Qui se sont fait montrer la porte. L’humiliation, la perte, le vide, l’inconnu. Et je pense à moi, qui est toujours là. Mais pour combien de temps?

Pressez-Jetez

April 2, 2008 
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Pour le premier avril, au lieu d’un poisson on a reçu une brique. Des coupures sauvages. 45 employés dans la cour. Je ne sais pas combien dans les bureaux. Mon département passe de 5 employées à 3. On me dit que les ventes du dernier trimestres sont presque à moitié plus basses que celles du même trimestre l’an dernier. En chiffre on a vendu pour 27 milions ce trimestres. 42 milions le même trimestre l’an passé. Je n’ai pourtant pas constaté de baisse dans ma charge de travail, au contraire. Et j’ai les chiffres pour le prouver. Les ventes sont peut-être en baisse mais pas les achats. Je dépense en moyenne 300 000$ par mois en transport pour les importations. Alors qu’on m’explique pourquoi on autorise les achats si le matériel ne se vend pas. Qu’on m’explique comment une compagnie qui déclare un chiffre d’affaire de plus d’un demi miliard par année puisse prendre des décision comme ça. Comment des gestionnaires finissent toujours par chopper dans les opérations et garder des employés en trop dans les départements administratifs. Je suis confuse. Mais je sais par contre que c’est beaucoup plus rapide comme solution de sabrer dans les dépenses, dans les départements qui ne génèrent pas de revenus. On laissera les vendeurs aux comptes de dépenses et au char fourni leur emploi, on sait jamais, ils vont peut-être finir par vendre de quoi. On m’a dit hier, les coupures toucheront tous les départements. À 4 heures hier tout ce que j’ai vu comme coupure c’est les deux filles qui travaillaient avec moi et un gars dans une autre division du transport. Je me retrouve donc avec une équipe amputée, affaiblie. Avec le même work load. Avec les mêmes attentes de la part des acheteurs. Le même nombre de chauffeurs à dispatcher. Le même nombre de voyages à vendre. Le prix du diesel qui a augmenté d’une piasse le gallon en un mois. Moins de camions aux États-Unis, puisqu’ils n’achètent plus de nous. Alors qu’il y a un an j’avais 10 camions pour un voyage, c’est aujourd’hui le contraire. Le prix du transport augmente. Mais pas le prix de vente des produits qu’on vend. Et bien sûr on me demande de tout faire comme avant. Pas d’over time surtout. Et il ne faut pas non plus que notre service en souffre. Et il faut s’assurer de répondre à toutes les demandes rapidement, avec le même professionnalisme. Je suis dans un état proche de la panique. J’ai l’impression qu’on m’a mise en charge de cette équipe là en prévision de ces coupes. Avec l’intention de me laisser m’enfarger, me planter. J’ai l’impression que tous les yeux sont sur moi. J’ai pas envie de rentrer ce matin, pas pantoute.

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March 30, 2008 
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J’aurais aimé que mes mots te transpercent, te crèvent, t’arrachent les yeux. Te renversent, te démembrent. Hacksaw. Une pluie de sang coulant des bouts de doigts ayant voulu effleurer les phrases insupportables.

J’aurais voulu. Autant de pouvoir que la voix de Wells, panique all around. Des mots comme des clous, comme des balles. Chaque ligne coupant à la source les envies d’ordinaire.

Et qui est-ce qui se couche avec l’intention de l’écrire ce grand roman? Mais surtout, avec la conviction qu’il en est capable? Désespoirs derrière les touches, nous sommes tous prisonniers de nos ambitions.

J’ai envie d’armes de destruction jouissive, de mon clavier vers le points G de ton imagination. Et d’abreuver le tout des insultes les plus basses pour mieux te prendre par derrière, une poignée de cheveux sales entre mes doigts, je te tape la tête sur le mur au rythme de mes verbes.

Et les soupirs lourds de contentement, pendant que t’essuie le tout, le coeur prêt à sauter. Ce sera le plus beau sommeil. La tranche marquée de fines lignes d’usure. Les pages maculée de plaisir. Traces de nuits solitaires.

Mes mots comme douleur, comme remède. Mes mots comme amour, comme mort. À grand coup, à tout coup.

Lendemain

March 30, 2008 
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Qu’autour d’une table se retrouvent d’autres rêves. Que dans la pénombre l’on décèle le mensonge. Le troisième invité. Et dans la ferveur des actes de défense se cache la force des vérités honteuses. Les entrées servies à la chandelle, avant-goût des coups à éviter. Nos ustensiles des cuillères trouées et des couteaux émoussés. On se met au lit avec la mort à tous les soirs et on ferme les yeux en se disant que demain, demain…

Mais demain, le lavabo est plein. Demain on gratte la cire de notre nappe préférée. On part une brasse avec beaucoup, beaucoup d’eau de javel.

Letdown, comme dans “va donc regarder la tévé”

March 25, 2008 
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On cessera l’éducation sexuelle au secondaire dès l’an prochain. Pendant ce temps on apprend que Montréal est la championne des MTS. Ça me sort pas de la tête cette histoire. L’une et l’autre. Ça fait trois semaines que j’ai lu ces deux headlines, et je semble être la seule personne qui s’en fait avec ça.

Fuck les études, les tables de concertations… On peut tu s’entendre que ça peut pas nuire? Est-ce qu’on peut se mettre d’accord sur le fait qu’une fille de 13 ans sexuellement active c’est wrong, mais que c’est une réalité, et que si elle veut voir un gynéco c’est probablement pas à sa mère qu’elle va demander?

“Maudite bonne affaire, c’est aux parents à enseigner ça à leurs jeunes!” Pardon?? Quand est-ce que vous êtes allés voir vos parents pour parler de votre première sodomie? Ou jaser lubrifiants? Je fais une bonne job avec mes ados, je m’enfle pas la tête avec ça, mais j’ai le sentiment qu’ils sont biens partis dans la vie tsé? Mais je suis pas assez naive pour m’imaginer qu’ils vont se confier à moi sur leur vie sexuelle. Je parle pas des conversations normales, la prévention, leur donner des outils, des informations discrètement, smooth. Mais y a des trucs, me semble, en tout cas, ça arrive jamais comme ça.

À une époque où les enfants sont élevés par la télé, où leur réseau social est plus vivant sur msn que dans la cour d’école, je m’inquiète, oh que si, je m’inquiète. On coupe dans les sports, dans les activités culturelles, communautaires. On s’est rendu compte qu’on les empoisonnait dans leurs cafétérias, on ne se soucie pas du fait que les rayons de leurs bibliothèques soient remplis de livre des records Guiness et de romans Frissons.

C’est pas une fin en soi, mais j’ai comme l’impression que c’est un letdown de plus à ajouter sur une longue liste. On laisse tomber nos enfants, une réforme à la fois.

Notes

March 22, 2008 
Posted in Id | 2 Comments

“Je n’ai plus que… ce n’est plus que de la musique, tu vois? Comme un courant continu, pas de chute, que le mouvement, que le son. Et quand mes doigts saignent, que les frets se fusionnent c’est comme le lever du soleil. Une autre journée arrivera sans que je l’attende, mais elle sera la bienvenue. La naissance de mes enfants, la mort de mon père, la maladie de ma soeur, des concertos enflés. Point d’orgue au dernier soupir comme au premier. Et la tempête des instruments qui fait se renverser mes abris.”

Le silence n’était qu’applaudissements. Lueurs sur son visage, dansantes entre ses sourcils froncés. Et je me promet de lui offrir autant, même si ce ne sera jamais en si peu de mots. Quand je me penche au dessus de la table pour effleurer son visage de mes doigts, l’odeur du vin oublié dans ma coupe me rappelle que nous sommes assis depuis des jours. Des jours à écouter ses symphonies.

Shuffle.

Et une autre minute passe, la cire fond, le feu s’éteint.

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